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De quoi puis-je témoigner, après quelques années de pratique, qu’est-ce que j’observe vraiment, en termes de changement, de progrès, de mieux être ?

Mon propos n’est pas de démontrer scientifiquement que la Gestalt thérapie est LA bonne approche thérapeutique, qu’elle convient systématiquement ni qu’elle réussit à tout prix à atteindre l’objectif que le patient, la patiente, se fixe en début de thérapie.

Mon intention est de dévoiler, expliciter une partie de ce que je peux observer, séances après séances.

Les effets bénéfiques de l’écoute et de l’accueil

Dès la première séance, le patient peut retirer un bénéfice du fait d’être écouté, entendu dans ce qu’il partage. Le plus souvent les faits partagés peuvent sembler ordinaires, banals, et il arrive que le patient me dise qu’après tout, il n’a pas vécu de trauma, ni d’enfance si malheureuse qu’elle explique son état d’aujourd’hui. Pourtant, être entendu quand l’on dit qu’être né après un frère ou une sœur parfaits a été pesant, ou qu’avoir eu un parent qui travaillait trop était difficile, permet déjà de déposer cela, de mettre à l’extérieur de soi ces pensées pesantes, justement, aujourd’hui et maintenant.

La qualité de cette écoute et cet accueil est très importante, primordiale ; la thérapeute que je suis est là, présente, engagée. Je mobilise mon être entier, corps-esprit, pour ressentir ce que partage mon patient.

Et lui refléter l’importance de ce qu’il vit est en soi, thérapeutique.

Les ressources nombreuses de la personne

Il m’arrive souvent de constater que la thérapie est l’occasion de découvrir ses propres ressources, qui semblent au début rares voire inexistantes. Les difficultés rencontrées, les épreuves traversées, prennent souvent beaucoup de place. La personne ne voit plus qu’elles, or la thérapie permet ce pas de côté créateur de nouveauté. Reconnaître les difficultés, les accueillir, les vivre, voir de quoi elles sont faites, et comment elles nous impactent, est une étape préalable à ce pas de côté.

Quand le temps est venu, le thérapeute peut « ouvrir » avec son patient sa perception de la situation, pour la développer. Ce pas de côté, réalisé avec douceur et soin, permet de sentir qu’en plus de ces problèmes, comportements, relations difficiles, il y a autre chose et notamment toutes nos ressources internes et externes : notre corps qui nous porte, une aptitude que l’on reconnaît et que l’on peut honorer, une amie sans jugement, un lien qui nous est cher…

Le temps nécessaire au processus de transformation

Ce sujet est particulièrement délicat et ce même si la personne n’a pas de demande pressante, en début de thérapie. Lorsque l’on s’engage sur le chemin de la thérapie, personne ne veut s’entendre dire que ce chemin sera long ! Et pourtant, il n’est pas rare que nous ayons envie de nous y engager notre vie entière !

Entre la demande pressante, somme toute assez rare (« je veux me débarrasser de mes tocs là, tout de suite, maintenant », ou « je souhaite que mon couple aille mieux très vite parce que je suis à bout »), et l’envie de prendre tout son temps pour mieux se connaître et vivre avec qui l’on est, il y a de nombreuses graduations.

Se découvrir, mieux savoir qui l’on est et comment on fonctionne, demande du temps ; ce temps la personne est prête à se le donner si elle sent que le thérapeute en face d’elle, engagé avec elle, est la bonne personne, qu’elle peut lui faire confiance pour être soutenue.

Car en plus des épreuves que la personne vit dans sa vie de tous les jours, il y a la difficulté à s’accepter tel que l’on est, avant de se déployer pleinement. Prendre conscience que l’on est acteur de sa vie et donc responsable de ce que l’on fait de soi nécessite du temps, de la douceur, de la confiance.